C'est l'été et les vacanciers vont débarquer dans nos montagnes avec leurs exigences et leurs préjugés. Certains sont déjà là. Je les ai vus dernièrement.
Une de leur lubies est de faire enlever les cloches de nos belles vaches rouges pendant leur séjour.
Chaque fois que j'entends de telles nouvelles dans le poste, je fulmine "M. untel fermier à…… a été condamné par le tribunal de....... à retirer les cloches de ses vaches".
Il y a deux ans ça a recommencé. Pour une fois ça ne se passait pas dans le cantal. Remarquez bien que les juges, en principe ne prononcent pas de peine d'amende. Ils ont le sens du ridicule. Faut pas exagérer.
Ca se passait en région Rhône-Alpes : un savoyard du massif des Bauges (pas les Vosges) comparaissait suite à la plainte d'un voisin de ses pâtures. Ça importunait monsieur! En attente du jugement, il devait retirer les sonnailles lorsque les bêtes se tiennent à moins de 500 mètres de l'habitation du bucolique monsieur le plaignant. LAMENTABLE!
Pourtant, ça fait partie du paysage montagnard, les cloches de vaches.Quand j'étais gosse, pendant les vacances, je partais le matin avec Jeannot, garder les vaches de son oncle. Souvenez-vous. Pendant qu'on discutait, pas besoin de regarder où était "la violette" on entendait le doux tintement de la sienne, pourtant on ne la voyait pas. Elle broutait entre les genêts. "la bêque" s'est échappée. Comme d’habitude. On percevait son trot précipité hors de la parcelle, rythmé par la note aiguë de sa clarine. Il fallait la ramener. Et "gentiane", elle était dans le bois. Au son que produisait l'énorme grelot rauque qu'elle arborait on savait qu'elle se grattait le cou contre arbre. Pas besoin de s'en faire.
En fin de journée, ça tintinnabulait à qui mieux-mieux sur le chemin venant du village lorsque les veaux étaient conduits près de leurs mères. Avant qu'ils soient en vue, les mères savaient que leur enfant chéri arrivait. Alors elles accouraient devant « la clède » en bois pour les accueillir.
Et puis lorsque la nuit était venue, de mon lit, j'entendais le doux égrènement de ces notes pures, dans le près sous la maison, accompagnées du chant des grillons. Aujourd’hui encore on passe encore de longs moments à écouter la mélodie avant de monter se coucher. Des grands moments de bonheur.
Ca sert à ça les sonnailles. Certains disent même qu'autrefois elles éloignaient les prédateurs. C'est certainement vrai mais ça n'éloigne pas les mauvais coucheurs.
Pauvres citadins venus se reposer dans nos montagnes! Même pas capables de supporter la respiration de la nature. Ils seraient incapables de vivre sous les tropiques, où, dès que le jour baisse sa garde, monte en crescendo la symphonie pour flûtes des grenouilles, accompagnée tout au long de la nuit du chant des coqs noctambules.
J'attendais donc le verdict avec impatience. Il est tombé quelques mois après. Oh! Je me garderai bien de commenter le verdict. Ces pauvres juges ne font qu'appliquer la loi. Chose jugée, chose appliquée.
Par contre son Voisin-monsieur-pas-content, lui, il va pouvoir dormir sur ses deux oreilles. S'il n'entend pas monter le mécontentement des villageois qui l'ont accueilli comme nouveau résident. Vous le savez bien dans un village, tout le monde est plus ou moins cousin, frère, oncle, beau-frère de quelqu'un. La solidarité, ça existe encore dans nos campagnes. Et je parie que le MONSIEUR-VOISIN-PAS-CONTENT, hé ben, il sera p'têt obligé de partir, quand tout le village lui fera la gueule. Mmmmm?
Et pourquoi on la lui ferait, la gueule? CF supra. Les frères, cousins, ton-tons et amis, ils sont agriculteurs aussi. Mmmmm? Et ils n'ont pas des vaches les agriculteurs? Mmmm? Bon, vous suivez mon raisonnement alors. Il va tout de même pas « ester » contre tout un village! Dans le village il a aussi des cousins boucher, ou boulanger. Ou des voisins de monsieur-le-voisin-pas-content.
Les vaches, elles mangent où? Dans les prés voyons. Où est le problème? Le problème il réside dans le jugement. Oh, ce n'est pas de la faute du tribunal. C'est l'avocat de MONSIEUR-VOISIN-PAS-CONTENT qui a de-mandé la "peine". Car il s'agit bien d'une.
L'agriculteur a été "condamné" à faire paître ses vaches à 100 mètres le jour et 500 mètres la nuit du domicile de MONSIEUR-VOISIN-PAS-CONTENT. Vous imaginez, vous ce que représente la distance de 500 mètres sur un pré? Et si le dit-pré ne fait "que" 499 mètres? comment fait-il le jeune agriculteur? Même 100 mètres. Ça représente tout de même quelque chose 100 mètres sur une parcelle. Et comme presque tout le village a des parcelles dans le secteur, qui c'est qui s'ra tranquille? Mmmmm? MONSIEUR-VOISIN-PAS-CONTENT.
Vous n'appelez pas ça un empiètement sur la propriété d'autrui? Un bigre empêchement de la jouissance d'un bien patrimonial? Et après ça il va dire qu'il aime la campagne, le MONSIEUR-VOISIN-PAS-CONTENT. Il a même depuis longtemps son "FOUR WHEEL DRIVE" pour admirer les beautés de la campagne. Il a même une moto-enduro-trial-cross pour escalader les pentes verdoyantes de la montagne appartenant à l’agriculteur. Je pense même qu'il va se payer un Quad, pour aller chercher les edelweiss sur les cimes. Non deux; un pour lui, un pour sa femme. Non, mais! Elle est à tout le monde, la montagne! Ho! si on peut plus mettre de vaches dans les prés, y a qu'a les vendre, et construire des lotissements. Pour les citadins. Non mais!!! C’est pas les paysans qui vont faire la loi à la campagne! Encore une vacherie envers leur profession.
Figurez vous que j’avais évoqué ce problème sur le blog que je gère. Une de mes amies, qui a un l’humour grinçant, qui connait mon sens de la répartie, m’y avait lancé une pique, faisant semblant de ne pas comprendre où était le problème. Nous avions fait une joute assez épique je dois le dire.
Or ! Quelques temps plus tard, un lecteur avait vu mon article et les commentaires de Micheline. Il lui avait écrit pour la féliciter car il désapprouvait mon texte et patati et patata et comptait lui-même s’ «
installer dans le cantal……. » et qu’il espérait « bien jouir du calme et du silence de la nature……………. ». Mais bien sûr !!! Je les connais mes compatriotes. Si les allobroges ne sont pas commodes, les arvernes ont la réputation de rusticité qui a fait ses preuves. Nul Hun, nul Sarrasin, nul Barbare, n’a foulé nos montagnes. Et même les hordes nazies ne se sont pas frottées à nos ancêtres. Elles ont confiées le travail le plus dur à des "malgré-nous" venus de Géorgie ou de plus loin (des mongols parfois. si-si!! je vous l'assure). Et ils ne faisaient que passer! Ca n’est pas un « parigot » qui va faire la loi chez nous. Qu’il se le dise. Non mais !!!
Oui ! je sais !! Je suis dur avec nos cousins de la capitale mais ne me croyez pas affublé d’un certain chauvinisme provincial, prêt à dénigrer ceux qui ne sont pas du crû. Et qu’on perçoit comme des étrangers sans scrupules… Ces parigots qui n’ont rien à faire chez les Auvergnats, et qui si ça se trouve les traitent de pecnots je ne les déteste pas. J’aimerais, nous aimerions qu’ils se conduisent avec un peu moins de condescendance envers nous sans cette petite moue méprisante sur les lèvres lors-qu’ils évoquent notre authenticité.[i]